Je suis actuellement étudiante en histoire (2e année). Comme de nombreux camarades, le poste d'enseignant nous semble être le seul pour des filières comme les nôtres à assurer une "sécurité" de l'emploi. Cependant, le fait de passer les concours après la licence n'en intéresse que très peu dans les faits !
Pour ma part, je pense plus en terme de "motivation" que de "sécurité" quelconque. Je compte donc passer des concours d'écoles de journalisme ou de communication. Etre prof, de nos jours, ça ne concerne plus que ceux qui veulent avoir un salaire assuré parce qu'ils n'ont pas d'autres perspectives… Je ne sais pas quel pourcentage de professeurs est réellement intéressé par son métier, depuis longtemps, et pour qui cela représente une réelle consécration !
Mais il est vrai que quand on est élève, puis étudiant, et que quand un prof pose une question et que personne ne répond, on n'a pas vraiment envie de se retrouver à sa place. Je crois qu'il peut aussi se passer de belles choses quand on se retrouve de l'autre côté de la salle, comme des bonnes surprises dans les établissements classés ZEP par exemple (j'en suis issue).
Après un master "recherche" en biologie, j'ai passé l'agrégation de sciences de la vie et de la terre et je l'ai eue du premier coup, en juin 2010. On m'a affecté sur Créteil à la rentrée dans un lycée qui s'est révélé difficile, avec des classes de 35 à 37 élèves en moyenne. Dès les deux premiers mois j'ai senti qu'il y avait un malaise : les "vieux profs" de 50-55 ans en ont ras-le-bol et répètent à qui veut bien les plaindre "J'en ai marre, mais qu'est-ce que je pourrais faire d'autre ? Je ne sais rien faire d'autre", et les profs qui ont entre 35 et 45 ans et parlent tous de changer de métier entre deux périodes de congés scolaires. C'est grâce aux congés scolaires qu'ils tiennent le coup.
Moi, un trimestre dans ces conditions, ça m'a suffi, car malgré quinze heures de cours je travaille en fait plus de soixante heures par semaine. Ce qui m'a incité récemment à envoyer ma lettre de démission, c'est le fait que mon chef d'établissement n'est jamais à l'écoute (il n'a pas le temps !) et que le tuteur qui m'a été désigné n'a jamais le temps de venir. Alors pourquoi rester plus longtemps dans ces conditions ?
- Avoir un bac + 5 pour être payé 1 600 euros, ça laisse songeur ;
- travailler en moyenne cinquante-huit heures (calcul fait pour ma femme l'année dernière) ;
- travailler le soir et les week-ends ;
- être jugé par les élèves, les parents (incompétents bien souvent dans la science de l'éducation… et trop souvent en tant que parents mêmes), les collègues et sa lointaine hiérarchie ;
- être sujet à des exigences démesurées de sa hiérarchie ;
- toujours avoir peur de la sanction ou des reproches ;
- vous faire traîner dans la boue par l'opinion publique : ils sont toujours en vacances, ce sont des bons à rien, c'est un métier tranquille, tout le monde sait mieux que les profs ! Mon enfant n'est pas à la hauteur de mes attentes ? C'est la faute du prof !
Mais c'est vrai, quelle joie ce métier ! Splendide !
Issu d'un milieu modeste, j'ai travaillé comme surveillant durant mes études d'histoire. J'étais au cœur d'une cité, dans un établissement classé ZEP. Et bien le croirez-vous, bien plus que les élèves "difficiles" dont j'avais à m'occuper, ce sont les professeurs qui m'ont dégoûté du métier d'enseignant.