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Le spleen de Song Aiyan, commerçante entre la Chine et la Corée du Nord

Le spleen de Song Aiyan, commerçante entre la Chine et la Corée du Nord

Thursday , 23 rdDecember, 2010, 10:37

Le pont de l'Amitié est la principale voie de transit entre

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Song Aiyan pratique depuis dix-sept ans ce business aux règles bien particulières. Elle a la quarantaine, son nom a été changé à sa demande. "Je me demande parfois pourquoi je fais ce métier. Plus ça va, moins j'aime ça, dit-elle. Mais voilà, que pourrait-on faire d'autre ici ?"

Elle est associée avec des Chinois d'ethnie coréenne (ils sont 2 millions en Chine, essentiellement dans la préfecture autonome coréenne de Yanbian, au Nord-Est de Dandong), le seul moyen d'établir quand même des liens de confiance. "Les Nord-Coréens se méfient des Chinois. Avec les Chinois coréens, c'est plus facile", dit-elle.

Les produits qu'elle "source" en Chine ou ailleurs pour le compte de ses acheteurs nord-coréens vont des ustensiles de cuisine, aux matériaux de construction, en passant par la nourriture. Ses clients sont tous des proches de gens haut placés dans le régime. Ils jouent le rôle d'intermédiaires officieux. Et habitent eux-mêmes souvent à Pékin, Shenyang ou Dalian.

Il n'est pas rare qu'ils lui indiquent quel fabricant elle doit contacter en Chine. Et à quel prix acheter. "Ils sont très bien renseignés", précise-t-elle. Les marges sont faibles du côté chinois de la frontière. Bien plus épaisses de l'autre côté, où, il est vrai, les intermédiaires sont nombreux. Au moment des fêtes, la coutume est d'ailleurs de leur offrir des cadeaux. La plupart du temps, des produits de luxe.

LA RÉGLEMENTATION CHINOISE EST DEVENUE PLUS RIGIDE

Les commandes sont payées à l'avance. Sinon, il est très difficile, voire impossible, de récupérer son argent. Elle en avait fait une première fois l'expérience, alors qu'elle était employée dans une société chinoise à laquelle un client nord-coréen devait plusieurs dizaines de millions de yuans. Elle s'est rendue à Pyongyang pour le compte de son patron afin de tenter de se faire payer. Elle y resta quinze jours, invitée à l'hôtel par les clients de son employeur. Mais seule une toute petite partie de l'argent fut remboursée. Et la société chinoise fit faillite.

En cas de problème, rien ne va plus : "Personne ne va vous aider. Ni les Coréens du Nord, et encore moins le gouvernement chinois." Il n'est pas rare d'entendre parler, à Dandong, de suicides.

Avec la crise financière globale, et les sanctions contre la Corée du Nord, la réglementation chinoise est devenue plus rigide. Auparavant, ses clients payaient Mme Song à l'avance en une seule fois. Or, désormais, il faut que chaque paiement corresponde à une livraison. L'argent est transféré en devises. "Ce n'est pas un commerce normal que nous faisons. Auparavant, il y avait toujours un moyen. Les clients payaient parfois en cash. Aujourd'hui, ce n'est plus possible."

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